Elle se positionna pour
l’accueillir derrière elle, assise sur ce canapé très large, sur la partie
méridienne, offrant son dos, sa nuque, ses reins à ses mains.
Il prit son temps, lui ouvrant un
peu de son monde, partageant une exposition récente, quelques idées d’écriture,
une activité artistique, des repas et des dégustations plus anciennes, des
lieux réels et des aventures dans des livres, des lectures, encore de
l’écriture. Emma lui avait parlé de cet exutoire que John cachait, et ne révélait
que très peu aux autres. Il devait avoir confiance.
Il massait ses épaules, une à
une, lui proposa de s’allonger sur le ventre, pour mieux appuyer ses gestes,
muscles après muscles, zones après zones. Il cheminait sur son verso, passant
parfois sur ses reins, caressant la peau à travers la combinette si fine.
Massage qui les emmenait dans la
nuit.
Elle fermait les yeux, pensait à
tout, à rien, à cet objet dans sa main gantée, lourd et bientôt en elle.
Massage qui continuait, un
dialogue avec les mains, elles faisaient probablement partie de son cadeau.
Emma lui offrait ce partage, mais elle lui imposait aussi un inconnu, si vite,
pour une fois, elle n’avait pas choisi sa proie, son mâle pour un soir, pour
quelques semaines, quelques mois. Elle consommait à sa guise, ne donnant que
très peu de sens aux battements de son cœur, avec une froide relation avec les
hommes. Elle s’était battu pour devenir indépendante, fière de son business, de
son statut de responsable de son entreprise, elle était une femme libre, sans
amour, qui choisissait son destin. Elle ne voulait aucunement d’une relation
qui lui donnerait des contraintes, qui lui ferait perdre le contrôle. Sûre
d’elle, elle dévorait son entourage, ouvrait sa porte uniquement au gré de son
pouvoir sur une nouvelle cible.
Certes le temps passait, elle
n’avait pas construit de famille, du moins ce noyau apparemment obligatoire
avec quelques enfants, un ex-mari, une
pension alimentaire, des soucis. Elle jouissait de son pouvoir, surtout de son
indépendance. Les limites étaient celles de ses désirs, elle savait s’ouvrir
aux autres, goûter, tester, détester certaines aventures, mais son corps,
chaque partie de son corps lui appartenait, sous ses seules décisions. Ce soir,
elle avait choisi des morceaux du puzzle, mais Emma avait rajouté d’autres
pièces, gourmandes, pour troubler quelques heures, dans la nuit sourde, dans ce
noir envahissant, jouant des ombres avec les quelques lumières. Elle se
laissait happer par ce cadeau vivant, loin des gigolos que parfois elle avait
payé pour son plaisir.
.... à suivre ...
JohnSteed





