La lecture nourrit elle mes émotions ?
Du fond de mon boudoir, ce bureau cossu et discret, au fond du couloir, derrière une porte capitonné, où je lis et je travaille en pensées volages ou sérieuses. En ouvrant la porte, vous verrez des livres du sol au plafond, une bibliothèque à l'anglaise, avec deux fauteuils club en cuir, une tablette pour poser une bouteille de grand vin. Mais aussi dans le coin le plus clair près de la fenêtre, mon bureau, sobre d'un côté avec les deux ordinateurs, et un tas de livre, de revues, une lampe, des objets divers, voyages dans mes rêves depuis des décennies, je suis là, entre taupe terrée dans son ombre et monstre d'écriture, heureux et gentilhomme.
Ici je lis, le matin, entre deux textes, en nourrissant mes projets, mes manuscrits électroniques, je lis encore le midi, avec un plateau de fromages, de l'eau, des fruits. Et l'après-midi, je cherche le soleil d'automne qui passe à travers les petits carreaux de la fenêtre. Je somnole, le lis encore, je parle au téléphone, je reprends le cours de mes mots, ceux là même que vous lisez.
Et là, je prends mon échelle, pour les plus hautes étagères, celle des ouvrages érotiques, celles des libertés poétiques ou des récits en délicatesse. Les mots me donnent ils des émotions ?
Probablement quand ils encouragent mes rêves, endormi dans mon cuir, lové dans les bras de mes anges, emportant avec eux, en moi des folies de nylon, de bas couture, de folles caresses sur les cuisses. Car elles sont non plus à lire, non plus à imaginer ou à voir uniquement mais soudainement je peux allonger mes bras, tel Elastic Man des Quatre Fantastiques, pour caresser des mains, du bout des doigts leurs cuisses, leurs mollets, parfois leurs chevilles, et même remonter sous le bord de leurs jupes, juste là entre chair et nylon.
J'aime cette langueur, cette force érotisante des mots, ce rêve qui deviendra vous quand vous pousserez la porte, non pas de mes rêves, mais de ce bureau, uniquement avec vos bas nylon.
Mr Steed





