vendredi 6 juin 2014

Courbes infinies



John avait pris un peu de repos, un mélange de journées et de nuits compliquées, de sommeil et de siestes imprévues, de douleurs assommées par sa détermination. Avec la pluie de ce printemps troublé, il avait ouvert sa fenêtre en grand pour ressentir cette force liquide, ce vent cinglant qui frappait les arbustes du jardin. Les yeux fermés, allongé, il absorbait cette odeur, ce cocktail extérieur qui arrivait à lui avec concentration. Parfums de fleurs, d'herbes humides, de bois, il respirait à pleins poumons, se rappelant une soirée de cuir humide, d'amour fort et sans compromission sur un balcon, sous la pluie, les bas nylon collés au jambes, le cuir marquant les chairs ruisselantes. Une odeur de sueur, de cette matière s'ajouta à ses pensées.


Mais la porte s'ouvrit, provoquant un courant d'air, le relevant du monde du rêve à la réalité de cette présence. Elle, cette femme, à qui il avait prêté la clef pour ne plus courir vers la porte d'entrée, pour lui laisser libre cours à ses volontés d'être là. Il ferma la fenêtre, elle était debout, trempée par ces bourrasques de pluie, posant son sac sur la table entre deux piles de livres, découvrant de son trench lessivé, une robe en cuir très courte, finie de petits plis si élégants.


Depuis sa première visite, ils avaient discuté, convenu qu'elle pouvait dormir ici dans une des chambres d'amis, venir se reposer, sans le déranger dans ses écrits, dans son flux de mots et de maux. Et quand elle le souhaiterait, elle pourrait venir à lui, pour donner ses courbes en dégustation à ces yeux esthètes. Juste poser, juste donner pour recevoir ce qu'elle souhaiterait au plus profond d'elle-même. Lui dire, lui demander, lui exiger.

John regarda cette robe s'ouvrir, dévoilant une épaule, un buste, glissant sous ses longues jambes, s'écartant sous chaque talon haut, se posant sur le coin du canapé. D'un sourire, elle retira aussi son caraco de soie corail, léger comme une vague de plumes, satiné avec une poésie incomplète de reflets. Une bouffée de parfum, de petite robe noire sucrée s'engouffra dans la pièce. Sur une chaise elle se posa, cherchant son confort, exposant ses bas de nylon noir, ses jarretelles tendues, fendant les arrondis parfaits de ses fesses. Un sein pointait dans la perspective prise par John derrière son bureau. Il inspira, tapota le clavier. 


D'un trait, celui de son regard, il sculpta les épaules, le dos, la longueur de la cuisse, le revers des bas nylon, les ombres et les lumières. Durant de longues minutes, il laissa les mots s'envoler pour devenir une suite de fantasmes et de caresses. Aux talons vernis, il ajouta un dessert au chocolat, le croqua avec un appétit fétichiste, apposant ses mains sur les chevilles, tournant autour d'elle, vers elle. Le voyage des mots s'aventurait dans les volumes de cette personne, sur les seins, sous les seins, les soupesant de loin, les chatouillant de près, les appréciant dans leur globalité jusqu'à la pointe. Ses cheveux retombaient, d'un geste elle changeait de pose, corrigeant cela au passage, révélant d'autres creux, d'autres lignes, d'autres courbes. Sa peau se tendait, le regard aussi, l'envie aussi. Les bas soulignaient son corps jusqu'à la taille avec la complicité de ce porte-jarretelle soyeux. Il martelait son clavier, avec un regard fixe sur elle, scannant les émotions sur le corps. D'un coup elle se leva, retira ce string noir, le posant sur son caraco, la soie avalant l'intime dans un creux de pure douceur.


Elle avança plus près de son bureau, reposa la chaise, ouvrant ses jambes vers lui, fixant son regard, et jouissant du martèlement incessant des touches. Voir, être vue. S'exhiber, regarder, convoiter, s'envoler dans le lyrisme d'un désir, l'écrire, le décrire, le vivre dans un silence soudain.



Soyeusement
M. STEED



3 commentaires:

Farore a dit…

J'aime beaucoup vos écrits.

Lady B a dit…

J'entends siffler le vent.. La pluie qui tombe..le claquement des touches du clavier.. Une voix chaude me récite ces quelques lignes..Mon imagination me permet de rêver...
Bravo Mr Steed, une fois de plus le tout est parfait.. Vivement la suite..

Anonyme a dit…

Mr Steed,

Vous m avez emportée, Quel Plaisir

Vos lignes sont divines ....

A bientôt ici et ailleurs

Belle bulle et son Homme