jeudi 6 décembre 2012

Sentiments ... Plaisirs

En quittant les chairs pour ne jouir que nos esprits, nos sentiments ...


John avait pris place dans son canapé, son cocon, loin de tous téléphones, tous médias. Ici, il n'y avait que des livres, des meubles patinés par le temps, des souvenirs probablement. Il avait coupé les liens extérieurs, le frigo était plein, il n'avait plu faim, il se retirait en lui-même, les moments les plus prolifiques pour ses instants, ses minutes, ses heures d'écriture. Ainsi dans un silence royal, celui de la nuit, il se laissait aller à choisir les mots, à commencer des chapitres, à mettre des virgules, à effacer, à griffonner dans sa tête, à lâcher librement les mots vers un point final. Un univers inaccessible, un coin de paradis et d'enfer avait-il dit un jour à une amie, "j'y suis bien, mais je sens la pression du vide, la pression des mots qui attendent pour sortir. Je me libère d'eux".





Dans un parfait état de spleen, loin d'elle, il sentit ses doigts sur son clavier, une première palpitation pour cette femme, non cette héroïne, car rien n'était calé encore dans son script, dans son histoire. Il se rappelait un souvenir, une femme croisée, un parfum, mais peut-être était il aussi rentrer dans sa phase d'imagination pure, l'avait-il vraiment rencontrée ?

Quelques mots, des notes sur un coin de papier, des touches d'inspiration attrapées au vol, saisies pour nourrir son texte, mais là soudainement, il se cala dans son fauteuil club en cuir, l'odeur frôla son nez. Il se rappela alors sa robe en cuir. Elle marchait si vite. Il sentit son coeur courir après elle.



Il n'avait pas osé lui dire, l'interpeller, il maîtrisait les belles phrases sur fond blanc de papier ou d'écran mais il resta sans voix. Invisible à ses yeux, elle causait à son portable, portant son sac à main ouvert sur son autre bras refermé. Elle souriait, un regard amoureux vers son mobile comme pour transférer son émotion, pour le montrer à un interlocuteur non-voyant. Elle pétillait. Il la suivait, c'était un bout de chemin commun, deux bouts de trottoirs, un passage piéton, et lui l'esthète totalement envoûté par cette brune aux cheveux reflétant un léger reflet roux. Une coiffure mi-longue, des souvenirs encore, elle ressemblait tant à une amie, à une petite amie, un coin de passé s'ouvrit devant lui. Un film sur six mois de complicité, d'amitié devenu amour un soir dans une chambre d'étudiante, une nuit à deux dans un lit trop petit, des caresses, juste cela, par respect pour ses courbes, les yeux dans ses yeux noirs, ses cheveux bruns avec un reflet roux. Même coupe, même force pour maintenant justifier cette intense revirement, cette montée en lui, ce coeur qui diffusait un parfum du passé.




D'ailleurs en étant derrière elle, il voyait cette robe en cuir, ce collant opaque, noir et brillant, ces bottes souples, et surtout il était transporté par cette fragrance. Un nuage, elle laissait sa signature à intervalles réguliers, il cherchait le courant d'air pour en profiter plus longtemps. Cette féminité, il ne la connaissait pas, mais déjà il avait ressenti cette force, un sincère émotion, non un coup de foudre, mais une poussée de sentiments en lui. Rien de sérieux, il n'oserait jamais ni lui dire qu'elle était resplendissante, ni lui décrire son esthétisme, sa mode, ni même la complimenter sur sa tenue, sa fraîcheur, son énergie positive. Elle avait ce charisme qui faisait tourner les têtes, mais là plus encore, il avait vu, en quelques centièmes de secondes, la sensualité moulée dans le cuir, et ce croisement délicieux des souvenirs. 

Oui maintenant, avec le recul, sur ses moments d'amour, sur ses deux ou trois histoires d'amour, sur son adolescence, sur sa vie d'homme, sur tout et rien, sur les succès et les silences, sur les défaites et les déchirures, il souriait de ce festival si soudain. Elle marchait, suivie de ses mots. Il décrivait cette silhouette naturellement élégante, et puis décorait de sentiments. Elle était un message, elle avançait vers l'autre, elle allait prendre ce train, couper le fil d'un chapitre, attendre peut-être. Lui avançait, ralentissait, suivait, était-il réellement présent ? 




Mais là, John vivait l'intensité d'une histoire, de son récit, de cette envolée lyrique qui fusait sous ses doigts, il vivait le texte, il sentait son coeur l'embrasser, ou non, l'aider à s'asseoir près de lui dans ce train bondé. Il lisait, elle lisait un magazine, il se glissait entre les lignes, les yeux sur elle, tournant à 360° autour d'elle pour suivre la souplesse de sa tête, repoussant cette mèche légère, cherchant un angle, une autre vision, un autre chapitre.

Oui il aimait soudainement cette femme, les souvenirs qu'il déposait à ses pieds, les câlins d'un soir d'été, il y a si longtemps, il ressentait ses mains, il voyait son regard dans la pénombre, il sentait son coeur s'emballer. Là dans le cuir, il poussait les mots, il les empilait horizontalement, toujours plus, près de dix mille par semaine, parfois des montées à près de quarante mille. Mais autant de palpitations.




Oui écrire était un travail, une détente, une décompression, un effort sportif, entre son esprit et ses fantasmes, entre son désir et son passé, entre ses envies et de profonds sentiments. Il aimait ressortir le meilleur, pour lécher encore et encore la cuillère et le miel soyeux.

Rien n'était meilleur que de penser à elles, toutes, réelles ou imaginées, et de cette ocytocine jouissive, intérieure qui le possédait intégralement, puis s'endormir dans ce boudoir, le coeur de sa maison.


Soyeusement

JohnSteed

7 commentaires:

Orchidée a dit…

J'aime beaucoup....

Calamity Nj a dit…

J'aime beaucoup... les mots et les images...

Isa a dit…

Cher JohnSteed
Vos textes, qui se découvrent peu à peu , sont toujours magiquement sensuels, glamoureusement élégants, soyeusement délicats.

Celui-ci est totalement hors norme par la puissance qu'il dégage, votre magie des mots est totalement libérée, totalement envoutante!

Que vous dire, à part une profonde admiration!

françoisedu80 a dit…

Bonsoir John ,
Fragrance , il suffit d'un mot magique pour ouvrir des images , des fenêtres sur un monde sensuel , un monde de courbes féminines enveloppées de dentelle ,de nylon ,de ce cuir matière fauve ,souple ,chaud,sensuel , qui happe le regard et trouble les sens à son évocation .Peau sur peau , une double panthère est passée laissant un sillage d'un capiteux parfum évoquant cette messagère lontaine ,cette ondulante silhouette gainée !
Flash récurrent ,une petite Madeleine de Proust qui revient à la surface, avec un fantasme lancinant d'interrogation , les yeux fermés pour respirer mieux encore cette écharpe éthérée .
Laissez perler le miel dans l'or de vos yeux ,laissez dormir vos rêves en voluptueuses caresses .

Baisers à vous

pussy a dit…

Passer ici est un enchantement, vos mots si bien illustrés sont un rayon de soleil en décembre!!

Je vous embrasse, bon week-end!

Aurélie S LAND a dit…

Un joli blog avec de bien jolies photos !

sandra et mika a dit…

waouh quel plaisir à nouveau ! tes mots nous transportent et le choix de tes clichés et toujours trés raffinés ! de plus nous avons effectué un achat récemment ( une tv qui nous sert d'écran d'ordi donc un écran 85 cm ) pour te dire que cela nous permet d'apprécier en trés grand tes clichés de toutes beauté merci cher john ... gros bisous