dimanche 4 mars 2012

Nectars

Une soirée d'hiver, loin du froid, calfeutrés tous les deux dans leur maison, après une semaine troublée par le business, par son manque, par cette folie environnante, par des commandes impossibles, des clients fatigués et fatiguant, par un manque de soleil, d'un hiver trop long. Ils avaient envie de fuir ce monde, de se couper de ce brouhahas avec une après-midi longue et sans fin, comme une journée, ou une nuit sans limite. 

La cuisine regorgeait des plats préparés et mitonnés par John, sa talent caché, réservé aux amis, aux proches, un restaurant discret, uniquement pour gourmands et gourmets. Des envies et des variations, autour des produits les plus nobles comme les plus simples, il savait noter le détail, le souvenir évoqué par un ami, une madeleine de Proust par un autre, et lui offrir la fois suivante, ce délice revu par ses mains et son imagination culinaire.





Alors elle n'avait plus qu'à choisir son envie, entre salé et sucré, il avait joué d'une dizaine de verrines, de pâtés et de tourtes en gelée, chaudes ou froides, de fromages en duo, en trio, en méli-mélo. Les desserts étaient de chocolat, sauf cette meringue suisse, énorme, sucré avec équilibre, croquante à l'extérieure, et collante à l'intérieur, comme elle aimait. Avec sur la table, deux bols, l'un avec des guimauves enrobées de chocolat, souvenir d'enfance, l'autre des clémentines confites, les plus douces, un nectar d'exception.




Il était dans la cave, dans sa cave, son oenothèque, fruit de plusieurs années de plaisir, de recherche dans les enchères et surtout de surprises et de cadeaux. Ici le paradis avait un lien terrestre, il avait vibré avec certaines bouteilles, revenant sur terre qu'en rouvrant les yeux, le lendemain, après l'euphorie des plaisirs suaves, intérieurs. Un délice de gourmet, ce soir il voulait du moelleux, un grand millésime, une merveille pour elle, elle adorait ce mélange de couleur or, dans des verres de cristal. Quelques gouttes en transparence !

De son côté, elle savait cette surprise qui se préparait, elle voulait le surprendre, le pouvait elle, car il n'était pas calculateur, trop hédoniste pour ne vouloir que savourer le temps, le bonheur de "rien" et le folie des "tout", mais il l'aimait tant qu'il proposait, qu'il supposait, qu'il n'imposait rien, mais la couvrait de bonheur, de cadeaux, de subtiles petites choses, d'infinies dentelles. 



Alors elle se parait de bijoux, de ses deux éternelles chaines de cheville, une à chaque jambe, au-dessus de ses talons, sous son nylon. D'un bracelet à multiples rangs, en remplacement du simple jonc habituel, elle ajouta à l'autre bras une manchette, il adorait ce bijou, un brin tribal, large, voyant et féminin. Un collier, oui,  un long fil d'or, qui partait entre ses seins, sous sa dentelle, sous sa combinaison de soie, sous cette robe noire.

Il prit un sauternes, une année rare, un millésime original pour sa bouteille, teintée de bleu dans le blanc habituel du verre. En 1943, les privations, le manque de verre à refondre avait contraint la fonte des bouteilles d'eau gazeuse, souvent bleues, pour un verre maintenant inégal, teinté dans le pâle. Une bouteille d'une série cachée sous les foins, loin des convoitises, un sauternes d'une année oubliée et pourtant si bonne, si rude, si fine après plusieurs heures d'aération. Elle devait revivre comme un génie endormi dans son calice. idéale avec cette tarte aux poires doucement caramélisés, avec des pointes de rhubarbes confites. 

Elle lui préparait son intimité comme il l'aimait, comme il lui avait suggéré, par simple comparaison, un soir de dégustation, dans leur boudoir, "j'aime votre sexe, votre con, votre vallée des délices, aussi lisse que la douceur sublime de ce cristal, aucune rugosité, la langue doit pouvoir y lire votre signature, y décrire la clef de votre sensualité, y écrire les spasmes de votre plaisir". Lisse, impeccablement lisse, pour son jeu de langue. rien ne l’empêcherait.   



Elle était descendu, lui était remonté de la cave, admirant sur la table, le jeu du feu, des flammes et de leur reflet vacillant dans l'or de ce vin, le liquide devenait lumière. Les plats, pour grignoter était là, pour maintenant, tout à l'heure, ce soir, cette nuit, demain matin, pour l'infini de leurs plaisirs.


Elle se posa sur le bord de la table, souriante, elle lui appuya sur l'épaule, vers le bas, lui indiquant de se baisser, de venir à genou. Elle prît le vin dans sa main, elle souleva sa robe, sa combinaison de soie, offrant le haut de ses bas. Elle appuya encore vers le bas, en remontant ses étoffes, lui ouvrant la vue vers son sexe lisse. Là, il devait maintenant mettre plus que ses yeux, ses doigts, sa langue surtout.




Sous sa robe, entre ses bas.

Elle buvait son nectar, doublement, comme lui.






JohnSteed

10 commentaires:

Jill a dit…

Divin nectar à lire et relire ;)...
Jeux à deux dont il est bon d'abuser encore et encore. Baiser bleu nuit.

pussy a dit…

Jeux à deux, jeux divins, arrosés de boissons ennivrantes, hum quels nectars servis si subtilement!!!!
Rien de tel pour oublier une semaine difficile, l'écriture nocturne vous réussit cher John!!!
Au plaisir de vous lire à nouveau, votre choix de photos est toujours aussi raffiné!

Olivier a dit…

Nectar, peau lisse et propolis. Joli texte à butiner sans modération
Olivier

françoisedu80 a dit…

Bonjour John,
Emma est un macaron à déguster sans modération !
Baisers

Isa a dit…

Des mots toujours aussi magiques pour créer un atmosphère de pure sensualité, de pure volupté!

Le plaisir tranquille et délicat des sens, deux gourmets gourmands qui dégustent avec plaisir et se plaisent à se déguster, l'un à l'écoute des envies de l'autre...quel beau moment!

Vos lecteurs sont totalement emportés par vos mots, Cher JohnSteed...

François a dit…

Il existe bien des façons de savourer ces nectars et l'idée de partager ainsi de si divins fluides est plutôt enchanteresse. Vous avez, cher John, subtilement peint un tableau où tous les plaisirs se mêlent, pour le bonheur des papilles...
Vos mots se dégustent !
Bien à vous,
François.

JohnSteed a dit…

@ Toutes & Tous :

Merci pour vos mots car les aventures de John, d'Emma et des autres créatures, des femmes sont le fruit d'une imagination en fusion, gorgées d'envies, de folles aspirations, et de grandes et réelles dégustations.

Merci à vous

Cassiopée a dit…

Hummm... de quoi que tes écrits soient le fruit, quelque nectar réel ou onirique les ait inspirés, ils sont définitivement fruités et inspirants... surtout inspirants !
Baisers sucrés

Miss Legs a dit…

Le premier cliché est une explosion de sensualité... divin !
Baisers doux

JohnSteed a dit…

@ Merci encore car ce nectar, cet abricot lisse, ces nectars avec leurs bulles scintillantes, je les aime tous !